26 mai 2008
A prendre ou à laisser
Hier j'ai appris une nouvelle, dont la teneur m'a donné envie de pleurer de désespoir et de me terrer au fond d'un trou; mais aussi d'espérer l'impensable: dans mon cas, une opération d'augmentation mammaire relève de la chirurgie réparatrice et non esthétique!!!
Pour le côté hyperdéprimant, cela ne fait que confirmer la sensation
que j'avais depuis l'adolescence d'être morphologiquement ratée,
inachevée, et poursuivie par un sentiment d'injustice, de décalage et
de soufrance intense par rapport à l'image type de la femme. Oui, bien
sûr, vous me direz que tous ces clichés, c'est des conneries, que
l'essence d'une femme ne se mesure pas à la taille de bonnets de ses
soutien-gorges. Que je dois être forte et au-dessus de celà...
Comme à mon habitude, dans ces cas-là, j'écouterai d'une oreille
distraite, jaugeant le bien-fondé de vos arguments à l'aune de ma force
intérieure; et je ne dirai rien; m'efforçant de croire en leur
véracité. Mais bizarrement, toutes les femmes m'ayant tenu ce discours
sont justement des femmes dont la poitrine est généreuse, ou tout du
moins respectable. Je conçois tout à fait que vous essayiez de vous
mettre à ma place; mais vous ne pouvez qu'essayer, justement. La
souffrance intérieure qui est là mienne depuis plus d'une dizaine
d'années vous sera toujours étrangère, dans le fond. Bien sûr, chacune
a ses problèmes, et vous trouverez une autre partie de mon corps que
vous préférez à la vôtre, vous vous dénigrerez dans l'espoir que je me
sente mieux, d'avantage quelque chose de valable... Et c'est tout à
votre honneur...
Oui mais voilà. Je me suis rendue compte que moi je n'ai rien. Même pas de quoi remplir les mains de mon homme! Moi qui remplissais un 85B ou un 90A sans rembourrage autrefois, je flotte allègrement dans mes 90A hyper-rembourrés. Je fais illusion, car lorsque je me promène dans la rue, personne ne sait que dans ces petites bosses à la place de mes seins il y a plus de mousse que de chair, mais moi je le sais. J'ai les seins tristes et vides, presque une poitrine de mec. De profil, l'arrondi de mes côtes dépasse la circonférence de mes seins. J'ai honte à en pleurer, de ce corps qui ne ressemble à rien. Je continue à porter mes prothèses en mousse parce que psychologiquement, même si je n'ai rien à soutenir, je me sens moins qu'une femme sans. Juste une personne dont le corps a oublié de grandir, une petite fille à la traîne... On m'avait dit, tu verras, quand tu deviendra femme, ça poussera! Sauf que ça n'a jamais poussé... Et, chose que je n'aurai jamais cru possible, ça a même diminué, suite à ma grossesse!
Le côté positif de cette nouvelle, c'est qu'enfin, ma souffrance morale est reconnue.
Enfin, un avis extérieur me confirmant que ce n'est "pas normal". Du
coup je me sens moins seule. Pas encore soutenue, mais au moins
comprise, et acceptée dans mon incomplétude. Pas encore aidée, mais
digne d'un regard empreint non pas de pitié, mais de compassion. Et ça
fait du bien...
L'autre côté positif, c'est que comme il s'agit de chirurgie dite
"réparatrice", il est peut-être éventuellement voire hypothétiquement
envisageable que la sécu m'en rembourse une partie; faisant passer dans
un futur lointain ce souhait de la catégorie "vaines chimères" à celles
des "loups blancs": rares mais existant. Difficile, long, coûteux, mais
pas impossible.
Un jour, peut-être n'aurai-je plus honte de me regarder nue dans un miroir, surtout de profil
Un jour, . . . peut-être . . .

